Rue des Artistes

Merci à vous tous d’être montés à bord avec la générosité propre aux artistes qui aiment ce qu’ils font. Ce n’est pas si évident de monter à bord d’une Bagnole, sachant qu’il y a des milliers de kilomètres à parcourir. Mais la route est belle, nous roulons au soleil – j’aime imaginer que la Bagnole est une décapotable – et nous nous sentons libres.

Arlette Fortin

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Arlette Fortin nous a quittés le 11 août 2009, en nous laissant, comme testament d’humanité, ce dernier roman : Clara Tremblay chesseldéenne, un chant à l’intelligence qui interroge l’inhumain, qui cherche à comprendre le sens des choses.

Arlette Fortin est née à Jonquière en 1949. Très jeune elle a développé un goût immodéré, un appétit immense pour le savoir, la découverte. Elle dévorait livre après livre dans une sorte de boulimie qui l’a intimement et définitivement liée à l’écriture. Elle disait : «J’ai fait mes classes en lisant et en courtisant l’Écriture sous toutes ses formes».

Le journalisme a attiré naturellement Arlette Fortin, d’abord, pour le compte de deux hebdomadaires régionaux de la Beauce puis comme collaboratrice au magazine l’Infopéra, où elle a réalisé des portraits d’artistes sous la rubrique Arlette a rencontré pour vous.

En 1998 et 1999 dans un profond souci de partager ce qu’elle considérait être une grande richesse, c’est-à-dire le goût de la lecture et de la découverte, elle se fit l’instigatrice et la co-conceptrice du magazine Autrement dit, destiné à des adultes en difficulté de lecture. Elle en devint la rédactrice en chef et y trouva exactement le genre de défi qu’elle pouvait relever.

Pour elle, le théâtre a été aussi un lieu privilégié d’expression et de création. Répondant à une commande des Journées de formation annuelle du Sanatorium Bégin elle écrivit en 1989 la pièce de théâtre Un moyen grand jour. Différentes troupes de théâtre jouèrent cette pièce dans sept régions du Québec.

Elle écrivit ensuite ce qui fut une œuvre marquante : le monologue La lune est inquiète du temps. Elle interpréta ce monologue qui mettait en scène une nonagénaire et le présenta dans des colloques, dans des salles de spectacles et à différents Centres d’hébergement privés et publics à travers le Québec

À titre d’animatrice elle joua un rôle déterminant de 1997 à 2003 lors de la tenue d’une série de cafés littéraires aux bibliothèques Lauréat-Vallière, à Lévis, et Gabrielle-Roy, à Québec. À partir de 2005 elle fut la coordonnatrice du Carrefour littéraire de Lévis, qui constitua durant les années qui ont suivi un grand rassemblement autour du livre et des auteurs de la région lévisienne, assorti d’un mini salon du livre qui offrait une vitrine importante aux auteurs de Lévis et des environs.

En 2001 Arlette Fortin publie C’est la faute au bonheur, chez VLB Éditeur. Ce premier roman lui vaut le prix Robert-Cliche. Les personnages de ce premier roman continuent de hanter l’écrivaine et l’humaniste. Elle publie en 2007 La vie est une virgule toujours chez VLB Éditeur. Cette fois, c’est une mention spéciale du jury du prix Abitibi-Consolidated qui salue sa parution.

La qualité de son écriture, son étonnante originalité, sa capacité d’inventer le langage et d’en faire œuvre belle et crédible ont valu à Arlette la reconnaissance de ses pairs. En 2003 elle reçoit une bourse du Conseil des Arts et des Lettres du Québec et en 2008 une subvention du Conseils des Arts du Canada.

Ce parcours hors du commun comprend en outre diverses publications : un conte pour enfants, collectif au Loup de Gouttière, des nouvelles aux éditions Botakap, également un collectif, et plusieurs écrits poétiques publiés : La Nuit des gueux, les Éditons L’Oésie, la revue Nouaison.

Arlette était membre de l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec.

Son dernier roman, Clara Tremblay chesseldéenne reprend, prolonge et explore l’univers du personnage qu’Arlette a imaginé et incarné dans les multiples présentations de son monologue. Il y eut, d’abord, la curiosité d’une âme vive et allumée qui a fait d’Arlette Fortin un témoin émerveillé et parfois déchiré de notre version de l’humanité. Ses études en gérontologie lui ont donné les structures permettant d’organiser cette compréhension instinctive qu’elle avait de la solitude et du questionnement qui est le lot des personnes que leur âge mène au bout de la vie. Les questions qu’Arlette pose, par la bouche de Clara Tremblay, sont d’une valeur universelle, incontestable. En cela, ces questions nous interpellent tous au plus haut point.

Arlette a fermé les yeux deux mois après que les Éditions de la Bagnole aient manifesté leur désir de publier sa dernière œuvre : Clara Tremblay, chesseldéenne. Normand de Bellefeuille, aussi ami et écrivain, en a dirigé la publication.

Nous espérons que ce livre ressemble à ce qu’Arlette souhaitait qu’il soit.
Bon repos, chère Arlette

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